Marche du 1er mars
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2022

Gouvernement provisoire de 1848
Frédéric Alexandre Courvoisier
Monument d'hommage à la République
Colonne républicaine des Montagnes
« La halte de Pierre-à-Bot »
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Révolution de 1848

Avant 1848, le canton de Neuchâtel est une principauté détenue par un monarque puissant mais lointain, le Roi de Prusse, tout en étant membre de la Confédération suisse. Une aristocratie locale règne sans partage sur le Pays. Au XIXe siècle, les aspirations démocratiques murissent et se confrontent au conservatisme bien ancré de l’ancien régime.

En 1831, une première tentative de révolution menée par un officier, Alphonse Bourquin avorte. Plusieurs meneurs républicains sont emprisonnés ou forcés à l’exil. Le mouvement est contraint à la clandestinité. Puis au printemps 1848, une nouvelle vague d’émancipation traverse l’Europe. C’est le « printemps des peuples ». La Suisse comme Neuchâtel, ne reste pas insensible aux bouleversements qui s’opèrent alors en Europe. 

Les cercles républicains attendent leur heure. A la fin du mois de février, l’annonce d’une révolution en France voisine réveillent les esprits et précipitent les événements. Le soir du 28 février, des républicains hissent un drapeau suisse par provocation devant l’hôtel de la Fleur-de-Lys au Locle. Une altercation s’en suit avec les gendarmes. Les républicains tiennent bon et obtiennent même l’abdication du commandement militaire de la ville. 

Quelques heures plus tard, la Chaux-de-Fonds et le Val-de-Travers suivent le mouvement. Les comités révolutionnaires se mobilisent et s’organisent. Soucieux de ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’en 1831, ils veillent aux préparatifs militaires mais aussi politiques afin d’assurer la mise en place d’un nouveau régime. Réunis en armes à la Chaux-de-Fonds, les hommes prêtent serment d’être fidèles à la République et canton de Neuchâtel, de s’y dévouer corps et biens et d’observer strictement la discipline militaire de la Confédération suisse, notre chère patrie.

Le matin du 1er mars, une colonne d’environ 800 volontaires, emmenée par Fritz Courvoisier et Ami Girard marche sur le Château de Neuchâtel. La progression est difficile. Ce 1er mars 1848, il neige par rafales, le soleil n’apparaissant qu’à de rares moments. Si bien qu’en tête de colonne, deux triangles tirés par des chevaux ouvrent un chemin dans la haute neige. 

A midi, la troupe fait une halte au col de la Vue-des-Alpes, puis entame la descente sur le Val-de-Ruz où elle est renforcée par une centaine de patriotes. A Malvilliers, la reddition d’une petite troupe royaliste est obtenue. A Valangin, deux canons sont capturés. La colonne s’arrête ensuite en fin d’après-midi sur les hauts de la ville de Neuchâtel, à Pierre-à-bot pour attendre les ordres du gouvernement provisoire. 

La nuit tombe et l’attente persiste. Les chefs républicains décident de poursuivre apprenant qu’aucune résistance ne semble leur être opposée. Ils entrent le soir du 1er mars dans la capitale silencieuse et calme. La troupe prend possession du château sans difficulté, rejointe par des volontaires en provenance d’autres régions du canton, notamment du Val-de-Travers. Le gouvernement royaliste a quitté les lieux, préférant éviter la confrontation armée. Ses membres seront arrêtés le lendemain au domicile de l’un de leurs.

Dans la nuit, le nouveau gouvernement prend possession des lieux et se met promptement au travail sous la présidence d’Alexis-Marie Piaget qui deviendra le premier président de la République neuchâteloise et sera l’un des pères fondateurs des nouvelles institutions.

Lors cette journée intense, caractérisée tant par la spontanéité que la modération, la République neuchâteloise était née. Rapidement reconnu par la Confédération suisse et doté d’une constitution, le nouveau régime entreprend de moderniser les lois et les institutions, posant les fondements de l’État de droit et démocratique que nous connaissons aujourd’hui.

Quelques années plus tard, en 1856, le nouveau régime républicain devra toutefois faire face à une ultime tentative de contre-révolution royaliste, épisode connu sous le nom d’affaire de Neuchâtel qui occupera durant plusieurs mois la diplomatie suisse et même européenne. Cela marque la conclusion de la révolution neuchâtelois, puisque c’est seulement à la suite de ces derniers événements, que le Roi de Prusse renonce définitivement et officiellement à ses prétentions sur Neuchâtel. Le traité qui le formalise est d’ailleurs toujours en vigueur


La marche dans sa forme actuelle

Comme le veut son nom, la Marche commémorative de la Révolution neuchâteloise a lieu le 1er mars de chaque année. A l’occasion de ce jour férié dont ils ont seuls le privilège, les habitantes et habitants du canton de Neuchâtel se rassemblent au petit matin dans les villages du Locle et de Môtiers. Ensemble, ils se rendent jusqu’au Château de Neuchâtel. Ce parcours de plus trente kilomètres s’effectue généralement sur la route, où défilent des participants bien emmitouflés. Il retrace l’itinéraire des révolutionnaires qui, en 1848, instaurèrent la République.

L’équipée se met en marche lorsque retentissent les coups de canons. A chaque étape, une tasse de thé, une tranche de taillaule – brioche typiquement neuchâteloise – ou un bol de soupe attendent les marcheurs. Ceux-ci n’étaient qu’une soixantaine lorsque la coutume fut inaugurée en 1984, sur initiative de l’animateur radio Rémy Gogniat. Depuis la tradition est bien ancrée. Chaque 1er mars, plusieurs centaines de participants – entre 500 et 1000 selon les années – honorent cette tradition qui associe également les autorités politiques.